
Le pianiste
Il se met à son piano
Prend une grande bouffée d’air
Fait chauffer ses mains l’une contre l’autre
Ferme les yeux
Cherche l’inspiration
Qui donnera le son magique, le son unique
Ferme les yeux
Pour oublier ce qui l’entoure
Enfin s’évanouissent
les souvenirs
Heureux, amers, doux, sombres,
Plus loin le flou de l’avenir
Ferme les yeux
Pour ne plus espérer
Juste savourer, écouter, déguster
Le ruisseau de notes qui s’écoule lentement
Pour fuir tel le torrent, et au bout du compte
Chuter comme une cascade modeste et noble
Sur le piano une photo
Est-ce une amie, une épouse, une sœur ?
Ou bien peut-être une inconnue ?
Le chandelier près d’elle allumé
Fait onduler son corps, le déforme
Au gré des flammes qui dansent
L’homme ouvre les yeux
Constate avec effroi
Qu’autour de lui aucun émoi
Deux ou trois couples qui dînent
Ne semblent pas remarquer sa présence
Le pianiste se lève
Salue dignement l’assemblée
Souffle doucement les lueurs malices
Sourie distraitement à la dame en papier
Remonte le col de son blouson
Se frottent les mains comme pour les remercier
Quitte les lieux ou plus rien ne le retient
Presse le pas la nuit est tombée
S’en aller retrouver une
autre salle
Toujours la même…
S’assoie au piano
Place la photo, allume les flammes câlines
Regarde autour de lui
Personne ne le voit
Ferme les yeux pour oublier le passé
Ferme les yeux pour encore recommencer
Mêmes gestes, mêmes rituels
Mais jamais les mêmes notes, non jamais
Seule sa musique comme unique réconfort.
ANNAICK
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