Petite femme

Petite femme tout de blanc vêtue
Tu passes ta vie à les regarder mourir
Lente agonie fétide
Tu leur tiens la main
Tu leur dis, emmenez-moi
Mais ils te laissent
Seule au milieu de la mort
Avec encore des vies à regarder partir
Avec encore des vies à vouloir retenir
Sous la grande tente blanche
Tu avances pas à pas, sans bruit
Entre les corps mutilés
Qu’il ne faut pas déranger
Entre les soupirs, les gémissements
Tu espères la vie

Petite femme tout de blanc vêtue
Les yeux noyés dans les crevasses
Laissées par le temps, le soleil et la misère
Tu portes sur ton dos
L’amour que chacun d’eux te laisse avant de partir
Tes mains rugueuses et burinées par le travail
Sont tièdes
Elles caressent avec douceur un à un
Ces corps en lambeaux que le monde a oublié
Pour exorciser la douleur
Tu voudrais tout arracher, tout avaler
De leur désespoir
Une fois, une seule fois n’en sauver qu’un

Petite femme tout de blanc vêtue
Ton sourire seul peut les guérir
Ton âge te fait courber le dos
Tu fais révérence
Aux âmes qui s’envolent
Petite femme tout de blanc vêtue
Invisible dans ce monde égoïste et pervers
Seule pour des milliers de corps
Ecartelés par l’indifférence du reste du monde
Petite femme tout de blanc vêtue
Tu continues ta route

Ainsi soit-il !

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ANNAICK

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